Postures en sanskrit ?

Pendant les séances je donne des traductions françaises de postures (asanas), parfois littérales parfois non, mais il faut savoir que chaque posture (ou presque) a un nom en sanskrit (langue ancienne indienne, pas tout à fait morte). Une langue qui a plusieurs écritures selon les régions de l’inde mais dont la graphie la plus courante (imposée par les britanniques pendant la colonisation) est la devanagari ( देवनागरी ). Pour nous simplifier les choses, on utilise la translitération de la devanagari à l’alphabet latin (transcription des sons avec des lettres latines). On trouve plusieurs transcriptions différentes pour une même posture, ainsi la posture de l’arbre peut s’écrire vrikshasana ou vriksasana ou vrksasana (prononcer vrikchasane en roulant le r si le cœur vous en dit 😅).

Au départ le terme asana, utilisé dans les yoga sutras il y a deux millénaires, désigne uniquement la posture assise, servant à la concentration et la méditation. Ce n’est qu’au XIème siècle, avec le hatha yoga pradipika, que 11 postures assises différentes sont évoquées ainsi 4 postures debout. Il faut attendre le XVIIème siècle avec le Gheranda Samhita et le Hatharatnavali pour avoir une quarantaine de postures décrites. Mais ce n’est qu’au début du XXème siècle que les asanas tels que nous les connaissons aujourd’hui se multiplient et sont décrits précisément lorsque le yoga cesse d’être une discipline marginale en Inde (revalorisation des pratiques traditionnelles indiennes face à la culture anglaise qui se répand dans le pays).

Les asanas sont donc relativement récents (comparativement au yoga). Un même nom désigne parfois deux postures assez différentes (trikonasana est la posture du triangle mais cette posture décrite au XVIIème siècle n’a rien à voir avec celle que nous pratiquons aujourd’hui) et au cours du XXème siècle les grand maîtres yogi n’ont pas toujours été en phase sur les appellations 😹 mais la description des asanas a bien convergé, d’une part grâce aux descriptions détaillées de Krishnamacharya, B.K.S Iyengar et Pattabhi Jois qui font référence ; et d’autre part, il y a une vingtaine d’années, avec le catalogue de 1500 asanas entrepris par le gouvernement indien en réaction aux tentatives de brevetage des postures par Bikram Chaudry.

Les postures en sanskrit sont un pilier commun à tous les pratiquants de yoga, quelque soit leur langue, pour parler d’une même posture sans ambiguïté. Même en français, quand on dit « papillon », « tailleur » ou « cordonnier », tout le monde ne comprend pas la même chose, mais « baddha konasana » (=posture de l’angle lié) lève l’ambiguïté, il s’agit de la posture assise avec les deux plantes de pied jointes et proches du bassin.

Pourtant je préfère ne pas utiliser les noms en sanskrit pendant les séances pour la raison suivante : c’est un jargon, je prends la définition : « façon de s’exprimer propre à un groupe, une profession, une activité, difficilement compréhensible pour le profane », et l’idée n’est pas de créer du mystère, d’imposer quelque chose ou d’avoir une distraction mentale supplémentaire pendant les séances alors que l’objectif est justement de garder le mental tourné vers le corps et la respiration. Malgré tout, j’utilise le nom des asanas en sanskrit pour préparer les séances, ces noms me semblent indispensables à connaître aussi si l’on veut construire des enchaînements variés dans une pratique personnelle, et je suis disponible pour en parler après les cours.

Si le sujet vous intéresse, ou que vous voulez des idées de séquençage de séances de yoga, je vous renvoie à cette page où je liste toutes les séquences des séances que je propose. Et à cette autre page pour quelques traductions.