Un diplôme de yoga ?

Le yoga ne fait pas partie des professions réglementées1 contrairement au judo, karaté, aïkido, escalade, kayak, football, volley-ball, et bien d’autres. Contrairement aussi à la danse, qui comme le yoga est rattaché au ministère de la culture et non à celui du sport…

Et voici les conséquences :

  • unifficial-wIl n’y a pas de fédération officielle, ni française, ni internationale d’ailleurs. En France, il existe beaucoup de fédérations de yoga, vraiment beaucoup… Sachant que l’on peut appeler fédération toute union d’associations, à partir de deux. Certaines sont plutôt « légères », et d’autres de vraies usines. Certaines sont très sérieuses et honnêtes, d’autres ont perdu (ou ne l’ont jamais eu) leur sincérité pour des raisons égotiques ou mercantiles.

  • Il n’y a pas de diplôme officiel, ni français, ni international. diplome-wChaque association peut délivrer son diplôme. Le diplôme d’une association n’a pas plus de valeur que celui d’une fédération, puisque aucun des deux n’est reconnu. On devrait d’ailleurs plutôt utiliser les termes de certification ou attestation à la place de diplôme (diplôme renvoie à un acte écrit émanant d’une autorité souveraine ou d’un organisme officiel2). Cela ne veut pas dire que ces « diplômes » n’ont pas d’intérêt : une formation de yoga, même si elle n’aboutit pas à une reconnaissance officielle, reste le meilleur moyen de former à l’enseignement du yoga. Mais sans diplôme d’État, les formations de yoga, tout comme les associations/fédérations qui les proposent, sont de qualités variables, sur des durées variables elles aussi, parmi d’autres critères. À chacun donc de se faire une idée.

    /!\ Il faut aussi noter que certains organismes, notamment américains, tentent de promouvoir des formations dont le niveau minimum d’exigence est assuré quel que soit le pays, au travers de fédérations dites internationales : international yoga federation3 (diplômes IRYT), Yoga Alliance4 (diplôme RYS)CVB-2-w, l’entreprise est intéressante mais vu les faibles exigences pour y adhérer et les enjeux économiques, on peut se poser des questions, et encore une fois pas de reconnaissance officielle de la part des pays.

    /!\ Attention également aux noms des associations, le nom est réglementé5 mais pas toujours sur ce que l’on croit : on peut très bien y mettre les termes « national », « international », « mondial », « française », « traditionnel » sans rapport avec la réalité, et personne ne s’en prive.

    /!\ À noter qu’il existe depuis 2010 un diplôme universitaire de yoga6 à la Faculté des Sciences du Sport et de l’Éducation Physique de Lille 2 mais comme précisé dans la plaquette7, il ne s’agit pas d’un diplôme pour devenir professeur de yoga. Il s’agit « d’étudier le Yoga comme outil éducatif au sens large » et la formation s’adresse aux enseignants aussi bien qu’aux professionnels (milieu médical ou autre) souhaitant inclure des outils issus du yoga dans leur pratique.

  • Il en résulte donc une grande diversité des pratiques. Et sur ce point, c’est pour le mieux ! En effet cette variété est une réelle richesse et on peut toujours prêcher pour sa paroisse, s’offusquer des pratiques des autres (les yoga américains au hasard), les yoga conservent tout de même un socle commun. Et si l’on s’intéresse un temps à une pratique purement physique par exemple, rien n’empêche d’explorer plus tard d’autres aspects de cette incroyable discipline. De même, suivre des cours en salle de gym peut amener par la suite à essayer d’autres pratiques via des associations. Oui, le yoga se diversifie de plus en plus mais ce n’est que l’accélération de ce qui s’est toujours produit : traditionnellement le yoga n’a jamais été figé avec un seul texte de référence, au contraire il s’appuie sur des pratiques et des ouvrages qui ont évolués avec l’histoire de l’Inde et avec ses pratiquants. Mêler tradition et innovation me paraît tout à fait dans l’esprit du yoga et se serait dommage de figer cette belle voie dans un moule trop étroit (et heureusement ce n’est pas le cas). Peut-on pousser cette ouverture aux pratiques vraiment modernes comme le « Stand Up Paddle Yoga », ou « SUP-Yoga »SUP-yoga qui consiste à prendre les postures en équilibre sur une planche (et encore je ne cite pas les plus exotiques) et bien pourquoi pas ? C’est un autre éclairage de la pratique, auquel on peut certes reprocher d’oublier certains aspects essentiels au yoga mais il ne les nie pas (à ma connaissance) : je ne pense pas que ce qui différencie un cours de yoga d’un cours de gym (ou, pour les pratiques moins corporelles, une approche spirituelle sincère, d’un gloubi boulga new age) vienne du type de yoga mais plutôt de la façon de l’enseigner. Rappelons aussi que le yoga habituellement pratiqué en Occident n’est qu’une petite partie du yoga (une partie du raja yoga, lui-même seulement une des quatre voies du yoga…) et ce n’est pas une raison pour arrêter la pratique sous prétexte qu’elle n’est pas assez globale. Cette question de l’évolution du yoga peut paraître étonnante pour quelqu’un qui découvre la discipline mais je vous garantis qu’elle n’est pas anodine et exacerbe les passions 🙂 La position que je soutiens ici n’est pas non plus la promotion inconditionnelle des nouveaux yoga et il faut rester critique sur les pratiques qui pourraient avoir un impact sur l’avenir : notamment le dépôt de brevets sur des séries de postures comme l’a fait Bikram Choudhury (Bikram Yoga) qui a breveté une série de 26 postures pratiquées en salle chauffée à 40°C, ou d’autres qui ouvrent des franchises sur certains styles de yoga. Mais la critique est ici uniquement sur les problèmes de propriété intellectuelle (et donc d’enjeux économiques) qui bride les libertés, et non sur la pratique en elle-même. C’est pourquoi, pour contrer les 150 brevets8 liés au yoga (notamment aux accessoires), le gouvernement indien a mis en place une riposte depuis quelques années en recensant pas moins de 1500 postures détaillées avec leurs effets thérapeutiques. Cette démarche ne concerne pas que le yoga mais l’ensemble des savoirs traditionnels indiens9, notamment l’ayurveda, qui est également confronté aux brevets sur l’utilisation de principes actifs de plantes médicinales.

Ivan Pétillot
le 02/10/2018


Sources

1 Liste des professions réglementées sur le site du gouvernement : https://www.guichet-qualifications.fr/fr/professions-reglementees/

2 Définition de « diplôme » sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/Dipl%C3%B4me/0

5 Réponse à la question « peut-on choisir librement le nom d’une association ? » sur le site du gouvernement : https://www.service-public.fr/associations/vosdroits/F31494

8 Article du « courrier international » : « Yoga : breveter les postures, une belle imposture ? » :
https://www.courrierinternational.com/article/2005/07/21/yoga-breveter-les-postures-une-belle-imposture

9 Sur le site de l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) (=WIPO:World Intellectual Property Organization) : http://www.wipo.int/wipo_magazine/fr/2011/03/article_0002.html

 


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